vendredi 5 novembre 2010

C'est l'histoire d'un mec... Palestinien

Arafat, Moubarak, le roi Hussein et Chirac sont dans un petit avion. Il y a une panne, et des passagers en trop. Ils se regardent les uns les autres, trois d'entre-eux au moins doivent se sacrifier.  Qui va sauter ? Moubarak se jette de l'avion en disant "Au nom du peuple égyptien, je me sacrifie !". Hussein se jette ensuite en disant "Au nom du peuple jordanien, je me sacrifie !". Reste Chirac et Arafat. Il faut encore que quelqu'un se sacrifie. Arafat regarde Chirac et dit : "Au nom du peuple palestinien, je vais sacrifier Chirac !".Voilà l'une des blagues qu'a recueilli en Cisjordanie la réalisatrice Vanessa Rousselot pour son film "Blagues à Part", étonnant documentaire diffusé ce soir sur la chaîne Planète à 22h05.

Un film encensé par la presse et sur Internet, qui révèle une facette insolite et jusqu'ici jamais montrée des Palestiniens, loin de tous les clichés réducteurs. A la question peut-on faire de l'humour quand on vit au coeur d'un conflit, Vanessa Rousselot, 28 ans et ancienne étudiante de Langues Orientales, répond en filmant des habitants de Cisjordanie, et même de Gaza via webcam. Le résultat est sidérant et complètement décalé. On apprend ainsi que les habitants de Hebron sont les belges palestiniens, ridiculisés dans des blagues hilarantes, pour la plupart évidemment liées au conflit.

  
"Blagues à part" n'a pas encore été projeté en Israël, car il vient tout juste d'être terminé. Mais sa réalisatrice, qui a appris l'hébreu à Jerusalem, a déclaré à jewpop vouloir le montrer "en organisant des projections dans des lieux publics, mais aussi en proposant aux gens d'organiser des projections informelles chez eux, en invitant leurs voisins." ajoutant qu'elle avait "montré les toutes premières images filmées au début du projet à quelques Israéliens, qui les avaient beaucoup apprécié. Ils avaient l'air de découvrir des aspects des Palestiniens qu'ils n'auraient jamais imaginé, comme par exemple la capacité à rire d'eux-mêmes."

Jewpop a demandé à Vanessa Rousselot s'il existait un phénomène de blagues sur les Palestiniens en Israël, comme c'est le cas inverse dans les territoires occupés. "Je ne sais pas, on ne m'en a pas raconté" explique-t-elle, ajoutant que  "L'un des personnages de mon film est un anthropologue palestinien (Sharif Kanaana) qui collectionne les blagues politiques palestiniennes depuis le début de la première Intifada. Il est intéressant de constater qu'il a recueilli plus de 2000 blagues et qu'il affirme qu'il y a de nombreuses blagues sur les soldats israéliens et les checkpoints, mais aucune sur les Juifs."

"Je n'ai absolument pas vu dans les Palestiniens, un peuple de guerriers mais plutot des gens complètement épuisés, qui veulent simplement pouvoir se déplacer normalement pour vivre, travailler... " ajoute-t-elle, précisant n'avoir "rencontré personne qui souhaitait jeter les Juifs à la mer, mais seulement des gens qui veulent pouvoir vivre en paix.". Et concluant avec pessimisme que  "Sillonnant la Cisjordanie pour mes blagues, j'ai été frappée du nombre de colonies existantes. Leur présence empêche, me semble-t-il, tout espoir de voir un jour un Etat palestinien à coté d'Israël.".


A l'image de cette blague, emblématique de la situation : Trois chefs d’Etat meurent et vont au ciel, le premier, Bush, demande à Dieu « Mais alors, quand les USA seront le pays le plus puissant du monde ? » Dieu répond « Ça ne sera pas de ton vivant », Bush se met à pleurer, le deuxième, Saddam Hussein demande « Quand est-ce que l’Irak contrôlera le pétrole du monde entier ? », Dieu lui répond « Ça ne sera pas de ton vivant », Hussein pleure à son tour, et puis Yasser Arafat arrive et demande « Quand est-ce qu’on aura un Etat palestinien ? », Dieu se met alors à pleurer et dit « Ça ne sera pas de mon vivant »…

La bande annonce de "Blagues à part" : 

mercredi 3 novembre 2010

La cuisine juive en France, vue des USA

Joan Nathan est célèbre aux Etats-Unis pour ses ouvrages best sellers sur les cuisines juives américaine et israélienne, et pour ses émissions de tv culinaires récompensées par de nombreux prix. Son nouveau livre, “Quiches, Kugels, and Couscous: My Search for Jewish Cooking in France” (Knopf), explore les liens entre traditions culinaires françaises et celles des communautés juives du pays. Dans un article que lui consacre la journaliste Leah Koenig, publié sur le site du Jewish Daily Forward, on s'amuse  d'abord des quelques clichés véhiculés par l'auteur, dont la vision des tables familiales juives en France est franchement risible.


Ainsi, on y apprend que "Si les Français juifs peuvent acheter leur viande chez un boucher casher, ils apprennent à leurs enfants à se tenir comme il faut (en français dans le texte), selon les codes des bonnes manières françaises, sur une table élégamment dressée". Amusant de constater que, vu des USA, acheter sa viande chez un boucher casher conduirait  à se baffrer comme un gros dégueulasse, les doigts dégoulinant de mloukhia.


Passé ce léger défaut typiquement américain (les clichés ont la vie dure...), le livre de Joan Nathan est une mine d'informations sur l'influence des traditions culinaires juives dans la gastronomie française. Comme l'introduction du chocolat à Bayonne au 17ème siècle par des Juifs venus du Portugal après l'Inquisition, qui feront de la ville basque la première cité chocolatière du pays, avant d'en être bannis en 1691 par des concurrents chrétiens, devenus à leur tour négociants et artisans chocolatiers.

Selon Joan Nathan, le foie gras, emblème incontournable des agapes de fin d'année en France, aurait également été introduit dans notre pays au Moyen-Age par les Juifs. Elle cite notamment un commentaire de l'illustre rabbin Rachi, qui dénonça le gavage des oies par les Juifs en prédisant qu' "Israël paiera un jour le prix de ces oies, pour avoir fait souffrir ces animaux en les engraissant de force". Un conseil jewpop : demandez à votre boucher casher si son foie gras provient d'oies gavées. Si la réponse est positive, interdiction de vous régaler du produit de la maltraitance de malheureux volatiles rendus obèses sous la pression !


Au-delà de l'aspect historique passionnant du livre, son auteur s'est attaché à recueillir des recettes liées aux histoires des diverses communautés juives françaises, ashkénazes et sépharades, au travers  de celles de familles et personnalités issues des diverses vagues d'immigration. Tels Françoise Tenenbaum, maire-adjoint de Dijon, qui livre sa recette de brioche aux cerises, Huguette Uhry, originaire d'Alsace, qui réalise une Challah pour les fêtes de Rosh Hashana nécessitant deux jours de préparation, ou encore Michel et Françoise Kalifa (l'un originaire du Maroc, son épouse d'une famille venant de Pologne), gérants de la célèbre Boucherie David (rue des Ecouffes à Paris), qui révèlent leur recette de foie haché au confit d'oignons.

Un livre à dévorer absolument (avec l'aide d'un dictionnaire d'anglais si besoin), avant de passer en cuisine et régaler vos convives de ces recettes si savoureuses (en français dans le texte).

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Michel Kalifa, dans sa célèbre "Maison David"



mardi 2 novembre 2010

Mamika, la super jewish mamie de Sacha Goldberger


Quelle plus belle déclaration d'amour à sa grand-mère que celle faite par le célèbre photographe de mode et de pub Sacha Goldberger à sa "Mamika" ("ma petite mamie", en hongrois), dans son livre "Mamika, Grande petite grand-mère" (Balland) ? Frederika Goldberger a 90 ans, est née à Budapest, issue d'une "famille très riche et respectée", ainsi que la décrit son petit-fils en préambule de son réjouissant livre, mettant en scène sa Mamika dans des situations et poses incroyablement drôles et décalées.

"Pendant la guerre, au péril de sa vie, elle a sauvé dix personnes" raconte Sacha Goldberger. "Frederika a survécu au nazisme, ainsi qu'au communisme" avant d'émigrer en France "sa famille sous le bras".  On apprend que Mamika a travaillé comme "conseillère de style" jusqu'à l'âge de 80 ans "pour se retrouver à la retraite face à elle-même et à une solitude imposée". Son petit-fils nous explique qu'en 2006, alors que sa grand-mère était en dépression, il décide, avec son accord, de réaliser une série de photos destinées à présenter sur un site ses livres et produits dérivés (Sacha Goldberger a connu d'immenses succès en librairie avec des ouvrages tels que "Je t'aime, tout simplement", "Bye bye mon amour", "Made in Love").


Le photographe nous décrit une grand-mère qui s'est "prise au jeu après quelques jours", et raconte comment son humour juif, qui la rapproche tant de son petit-fils, "a pris le dessus" pour aboutir a un projet commun totalement délirant, mettant en scène une "super-mamie" complètement déjantée et tellement touchante. Un projet qui a rendu à Frederika Goldberger sa joie de vivre et sa fierté.

Mamika est devenue depuis une star du web : elle a sa page facebook, avec près de 3000 amis, sa page myspace, répond régulièrement aux milliers de messages des ses fans sur son Mac, et surtout, démontre merveilleusement combien la vieillesse peut être joyeuse. "Mamika, Grande petite grand-mère" est le cadeau idéal à offrir à vos mamies chéries, mais aussi à tous les amateurs de photos surprenantes. Enfin, à ceux qui souhaiteraient booker Mamika pour des séances photo, voire  se faire adopter,  Sacha Goldberger annonce la couleur d'entrée : "Que les choses soient claires, je ne prête ma grand-mère pour rien au monde. Même pour cinq minutes. Je la garde, égoïstement." On le comprend.

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Une interview de Sacha Goldberger, lors de l'expo"Mamika" à la galerie GZ

vendredi 29 octobre 2010

The Impossible Brief : des publicitaires tentent de résoudre le conflit israélo-palestinien !


L'agence de pub israélienne Saatchi & Saatchi Tel Aviv a réussi un joli coup de communication ! Depuis qu'elle a lancé il y a quelques mois "The Impossible Brief", un concours pour trouver des idées en vue de résoudre 60 ans de conflits entre israéliens et palestiniens, des créatifs du monde entier ont déjà proposé leurs idées, à tel point que la date limite de remise des projets a été repoussée de deux mois, se terminant finalement le 1er décembre 2010.

Le concept est simple : un "brief", dans le langage des publicitaires, est le document qui sert de base aux créatifs pour cerner la problématique du client, l'histoire de son produit et l'objectif et le ton de la communication de sa future campagne de pub. La dénomination du concours, avec le terme "impossible", prend le pari d'aller à l'encontre de ce qui se déroule sous nos yeux depuis des années. L'idée n'étant évidemment pas de charger tel ou tel de sa responsabilité dans les échecs successifs des pourparlers de paix, mais de se tourner vers l'avenir avec des solutions émanant de personnes censées avoir de l'imagination. 


Car comme le souligne Saatchi & Saatchi Tel Aviv, "plutôt que de politiques dépassées, nous avons besoin d'idées nouvelles et originales, pour montrer au monde que les esprits créatifs peuvent même inspirer les leaders politiques". Alors, juste un coup de pub d'une agence, une utopie simplette et démagogique, ou un mouvement sincère de personnes lassées de l'inertie globale entre les deux camps ? Toujours-est-il que cette initiative semble mobiliser la communauté des créatifs publicitaires et autres gens de bonne volonté, a fait parler d'elle dans la presse internationale et a été saluée par le président de l'Etat d'Israël et Prix Nobel de la Paix, Shimon Peres.

Si vous aussi avez votre petite idée sur la question, rendez-vous sur le site www.theimpossiblebrief.com, où vous disposerez de toutes les infos pour participer au concours et pourrez y déposer votre projet. Une page Facebook a été créée pour l'occasion, qui rassemble déjà plus de 2000 membres. Le jury sera composé d'un panel de publicitaires israéliens et palestiniens, et le projet gagnant sera présenté aux deux gouvernements, tandis que le lauréat sera invité à Cannes pour présenter son projet lors du "Cannes Lions International Advertising Festival 2011". Et comme le dit non sans humour l'agence qui a lancé le concours, son lauréat se verra peut-être  aussi remettre le Prix Nobel de la Paix !


Jewpop vous présente quelques propositions qui nous ont bien fait rire, telle l'idée fumeuse de faire consommer de la marijuana à tous les israéliens et palestiniens, afin de les calmer définitivement (ce qui est pourtant déjà le cas pour une bonne partie de la région, mais n'a pas pour autant fait ses preuves...).

D'autres suggèrent de mettre en scène une invasion d'extra-terrestres en Israël et dans les territoires palestiniens, provoquant ainsi une "Union sacrée" entre les deux peuples face à un ennemi commun.
L'idée d'un parc Disneyland construit dans la bande de Gaza est également évoquée, avec un ticket d'entrée réduit lorsqu'il est partagé par des israéliens et des palestiniens. L'auteur de ce "brief" concluant à juste titre qu'il faut se concentrer sur les enfants, qui écriront l'avenir de notre monde. 
Effectivement, et plus sérieusement, beaucoup de propositions se fondent sur la capacité des générations futures à réaliser ce rêve de paix. Un très beau clip a été réalisé dans cet esprit, que jewpop vous propose de découvrir ici.

WE ALL GOOD PEOPLE pt. 1 (ISRAEL/PALESTINE) from Grant Slater on Vimeo.

mercredi 27 octobre 2010

Kobi Levi, le pied !

Envie de transformer vos pieds en oeuvre d'art contemporaine ? Adressez-vous au jeune designer israélien Kobi Levi, dont les créations décalées et pleines d'humour feront à coup sûr tourner les têtes des passants que vous croiserez. Si vous osez les chausser. Vous pouvez aussi les conserver précieusement chez vous comme des sculptures, ce qu'elles sont aussi. 

Diplômé en 2001 de la prestigieuse école d'art et de design Bezalel de Jérusalem, ce créateur s'est spécialisé dans le design de chaussures, travaillant rapidement pour des marques israéliennes et internationales et développant sa propre marque de chaussures pour hommes à Tel-Aviv. Sur son blog, Kobi Levi explique que ses pièces sont des "sculptures portables", mais qu'elles peuvent "vivre sans pieds". 


Lorsque jewpop a contacté le créateur pour connaître les prix de ses modèles, réalisés pour l'instant à la main, à l'unité, il nous a répondu  "réfléchir  à des options de productions limitées, en fonction de la demande". Reste le mystère du coût d'acquisition de ces délirantes oeuvres d'art,  parfois inspirées du design des 70's, du Pop Art ou de l'imagination éxubérante d'un gagman de comédies burlesques. Destinées à vos pieds ou sur un piédestal, voici quelques-unes des extraordinaires chaussculptures de Kobi Levi.






Pour admirer les autres créations de Kobi Levi, rendez-vous sur son blog

jeudi 21 octobre 2010

Les peintres juifs de l'Ecole de Paris


Publiée en 2000, l'anthologie "Peintres juifs à Paris, 1905-1939" (Denoël) de Nadine Nieszawer, en collaboration avec Marie Boyé et Paul Fogel, est un ouvrage bouleversant, tant d'un point de vue artistique qu'historique. Préfacé par Claude Lanzmann, il rappelle le destin tragique de ces artistes juifs ayant fui l'antisémitisme d'Europe centrale pour rejoindre le Montparnasse des années folles, formant ce que l'on nomme L'Ecole de Paris, et dont un grand nombre de membres verront leurs oeuvres détruites ou volées par les nazis et leurs collaborateurs, avant de disparaître dans les camps d'extermination.


Dans son avant-propos, l'auteur, marchand de tableaux et experte de l'Ecole de Paris, explique la genèse de son parcours et de son travail. Son père, Jacques Nieszawer était marchand de tableaux et achetait principalement des oeuvres de ces peintres qu'il appelait "Yid'n" (les juifs en yiddish), se référant à deux ouvrages écrits en yiddish sur les artistes juifs pour connaître leur histoire. Après la disparition de son père en 1987, Nadine Nieszawer, ne lisant pas cette langue, demanda à Paul Fogel, un passionné de yiddish, de traduire ces deux livres. Marie Boyé, jeune historienne d'art, s'est jointe à eux pour la réalisation de cet extraordinaire livre d'art, témoignage de la richesse de ces créateurs d'une peinture juive inscrite dans la modernité, brisés dans leur élan par la solution finale.


Parmi les quelques 500 artistes constituant cette communauté, le choix des auteurs s'est porté sur 151 peintres. Des noms célèbres, comme ceux de Max Jacob, Modigliani, Chagall, Pascin, Kisling, Mané-Katz ou encore Soutine, figurent parmi eux. D'autres n'ont pas eu le temps ou la chance d'accéder à la reconnaissance, près de la moitié disparaissant en déportation. Au fil des pages de ce remarquable livre, on reste fasciné par la diversité d'inspiration de ces créateurs, qui s'inscrivent dans la plupart des grands mouvements artistiques de l'époque, et révolté par les destinées tragiques du plus grand nombre. 


 L'un d'eux arriva en France après la guerre. Sam Ringer, grandit à Oswiecim, devenu Auschwitz pendant l'occupation allemande, fut élève à l'école des Beaux-Arts de Cracovie où il obtint un premier prix de dessin en 1939. Déporté dans plusieurs camps, il survit à la Shoah et émigra en France en 1947 , y poursuivant sa carrière artistique et fondant une famille. Sa fille, Catherine Ringer, évoquera son histoire dans C'était un homme, sur l'album Cool Frénésie des Rita Mitsouko en 2000.

Nadine Nieszawer organise tous les 3 mois une vente consacrée aux artistes de l'Ecole de Paris à la galerie Artcurial. Ne manquez-pas celle qui aura lieu lundi 25 octobre à 16h, au cours de laquelle sera notamment présenté un ensemble exceptionnel de 28 tableaux de Jacques Chapiro, provenant de son atelier. L'exposition publique des toiles se tient depuis aujourd'hui et jusqu'à dimanche à Artcurial (Hotel Dassault, 7 Rond-Point des Champs-Elysées 75008 Paris), le catalogue étant également visible en ligne sur le site Artcurial.com.



Les peintures reproduites dans cet article sont les oeuvres de :
Maxa Nordau (Nu de dos)
Alexandre Fasini (Composition)
Nathalie Kraemer (Les Deux Soeurs)

mercredi 20 octobre 2010

Google.fr : recherche "juif" désespérément.


Dans un article publié dans la rubrique "A la loupe" du Télérama de cette semaine, titré "Et François Hollande, il est juif ?", la journaliste Emmanuelle Anizon constate, avec effroi, que le mot "juif" est associé à la plupart des requêtes concernant les hommes politiques et journalistes-animateurs français sur Google.fr. 

En effet, en tapant par exemple les noms de David Pujadas ou de François Hollande sur le moteur de recherche le plus utilisé par les internautes français (90% des recherches sur le web en France), on peut voir parmi les "recherches associées", c'est à dire la liste de mots automatiquement sélectionnés par le moteur car recherchés le plus souvent par les internautes avec ces noms, le terme "juif".

La journaliste, après avoir testé ce phénomène inquiétant sur de nombreuses requêtes,  a contacté Google afin de comprendre s'il n'y avait pas une possibilité de "manipulation d'extrême droite" (ndlr : pourquoi d'ailleurs uniquement d'extrême droite ?), mais la réponse est sans appel : "Si ça remonte comme ça, c'est forcément une tendance lourde." Ce qui fait dire à Emmanuelle Anizon que "l'internaute français, quand il cherche des renseignements sur une personnalité politico-journalistique, veut prioritairement savoir si elle est juive. Glaçant." Jacques Attali lui répondrait sans doute qu'au contraire, c'est la manifestation évidente d'une poussée de philosémitisme des internautes français.


Emmanuelle Anizon précise ensuite qu'il s'agit d'un phénomène quasi-exclusivement local (hormis sur les filiales ukrainiennes et marocaines du moteur de recherche), ayant "testé au hasard les Google américain, japonais, italien, espagnol, allemand, russe, anglais, israélien". Si, dans ces pays, les internautes s'intéressent à la "santé" de Bill Clinton ou à la "taille" de Nicolas Sarkozy, en France, on se demande d'abord si ces derniers sont juifs...

La journaliste explique enfin que "Google est bien embêté, mais ne peut intervenir sur ses robots que s'il y a insulte raciale, appel à la haine ou pédo-criminalité", concluant, avec désabusement, qu'il ne sera pas possible d'agir sur cette "recherche secrètement tendancieuse révélant un vieux fond renouvelé d'antisémitisme collectif". Au fait, et Dominique Strauss-Kahn, il est juif ?





mardi 19 octobre 2010

Shlomo Artzi chante en allemand


Pour célébrer les 80 ans du Maguen David Adom, Shlomo Artzi était hier soir en concert au Palais des Congrès de Paris devant 3500 spectateurs enthousiastes, dont la plupart connaissaient ses chansons par coeur !


Les fans du plus célèbre chanteur israélien pourront découvrir grâce à jewpop une face peu connue de l'artiste, qui a enregistré plusieurs de ses tubes en... allemand, parmi lesquels la chanson "At Va'ani"("Toi et moi"), avec laquelle il représenta Israël lors du concours de l'Eurovision en 1975.

Shlomo Artzi, version allemande, s'écoute ici ("Du und Ich"), ici ("Hey Lisa"),  ici ("Pflanz Einen Baum") et ici ("Schuld Ist Immer Nur L'amour").
Prosit !

lundi 18 octobre 2010

L'Homme qui valait 20 milliards


"The Social Network", film de David Fincher qui raconte la naissance épique du réseau social Facebook, risque fort de truster la 1ère place du box-office français, comme il l'a fait aux Etats-Unis lors de sa sortie. Un succès amplement mérité pour ce long-métrage passionnant, qui tient le spectateur en haleine pendant 2 heures alors que la quasi-totalité de l'action est basée sur des... dialogues !


Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, y est incarné par un génial Jesse Eisenberg ("Les Berkman se séparent", "Adventureland", et que l'on verra bientôt en juif orthodoxe de Brooklyn trafiquant de drogues dans "Holy Rollers") au visage d'adolescent à la fois poupin et d'une rudesse terrible. Réjouissant dans son rôle de nerd, étudiant génial de Harvard, asocial, frustré et profondément antipathique, qui après une rupture amoureuse, décide de pirater le réseau informatique de sa faculté pour créer un site de notations d'étudiantes, à partir d'un algorithme créé par son meilleur ami, Eduardo Saverin (interprété par Andrew Garfield).  

Zuckerberg créera dans la foulée le fameux réseau social initialement baptisé "The Facebook", en s'inspirant (selon la thèse du film, basée sur le livre controversé de Ben Mezrich, "La Revanche d'un solitaire", qui reprend les témoignages des "cocus" de l''histoire) d'un site que lui proposent de développer deux frères jumeaux étudiants d'Harvard, les Winkelvoss, archétypes des wasp blonds, sportifs et richissimes (joués avec délectation par le même acteur, Armie Hammer).

Formidable manipulateur, Eisenberg/Zuckerberg devient au fil de l'histoire un monstre de mégalomanie à l'insolence hilarante, écrasant au passage tous ceux qui pourraient gêner son ascension, comme il le fait avec Sean Parker, le créateur du site de peer-to-peer musical Napster (incarné par un excellent Justin Timberlake), dont il se débarrasse après que ce dernier lui ait ouvert les portes d'investisseurs californiens.

Ne vous attendez pas à voir un film sur Facebook, qui n'est finalement que le prétexte, l'élément à suspense du film, mais une histoire sur les jeux de pouvoir et les codes, non pas informatiques, mais sociaux, qui régissent les campus américains huppés où l'on rêve d'être accepté dans les clubs étudiants les plus fermés, lorsque l'on est d'origine juive ou latino. "The Social Network" est aussi un extraordinaire portrait d'antihéros, un "sans-amis" comme disent les collégiens, qui devient le plus jeune milliardaire au monde en créant un nouveau mode de relation sociale, consistant à scotcher les gens à leur écran d'ordinateur...


Si le montage percutant des scènes réalisées par David Fincher (metteur en scène de "L'Etrange histoire de Benjamin Button") donne au film un rythme parfait, la construction remarquable du scénario et les dialogues brillants écrits par Aaron Sorkin, créateur de la série "A La Maison Blanche", sont pour beaucoup dans la réussite du film. Ajoutez-y une excellente bande originale, signée Trent Reznor (Nine Inch Nails), un casting impeccable, et tous les ingrédients sont réunis pour faire de "The Social Network" le film à ne pas manquer !

jeudi 14 octobre 2010

Enrico, un nouvel album jewish hip hop ?

Dans les bacs pour Noël, le nouvel album d'Enrico Macias devrait faire très mal ! A bientôt 72 ans, le chanteur, auteur-compositeur et remarquable musicien  revient avec un disque produit pour moitié par le DJ canadien SoCalled, les autres titres ayant été réalisés par son fils, le contrebassiste et producteur Jean-Claude Ghrenassia. C'est Jean-Christophe Laurence, journaliste canadien, qui nous dévoile les coulisses de ce projet dans un article paru sur le site cyberpresse.ca, que jewpop reproduit ici dans son intégralité.

Enrico Macias se mettrait-il au hip-hop? On serait tenté de le croire en apprenant la nouvelle. Le chanteur français d'origine algérienne a en effet demandé au DJ montréalais Socalled de produire la moitié de son prochain album. «C'est une occasion que je n'allais pas manquer, explique le musicien, rencontré hier dans un café du Mile End. D'une part parce que nous avons cliqué très naturellement dès la première rencontre. Et d'autre part parce que cela me donnera accès à un immense et tout nouveau public!». 


De son vrai nom Josh Dolgin, Socalled est un artiste bien connu de la scène anglophone québécoise. Son mélange unique de klezmer et de hip-hop, ainsi que ses nombreuses collaborations avec des musiciens de tous horizons (Fred Wesley, David Krakauer, Gonzales) lui ont permis d'atteindre une certaine notoriété internationale. Plus de deux millions de personnes ont vu son fabuleux clip de You Are Never Alone sur YouTube et l'ONF vient de lui consacrer un documentaire (The Socalled Movie).

Mais il est vrai qu'on ne s'attendait pas à le voir travailler avec un chanteur de variétés français, qui nous a donné des chansons comme Les gens du Nord et Je n'ai pas oublié. Bien que de générations et de familles musicales différentes, les deux hommes ont pourtant quelques petites choses en commun. Tous deux sont des adeptes du métissage et tous deux sont d'origine juive. Le prochain album de Macias étant exclusivement consacré aux chansons juives du monde, le choix de Socalled semblait particulièrement indiqué.

Le Montréalais, qui repart en France demain pour terminer l'enregistrement du disque, réalisera cinq titres au total, dont une version française de You Are Never Alone, traduite spécialement pour Macias. Le chanteur juif Theodore Bikel et une immense vedette raï qu'on ne peut mentionner (mais dont le nom commence par K...hem!) devraient par ailleurs participer à l'album. Les autres chansons seront produites par le fils de Macias, Jean-Claude Ghrenassia, mais devraient subir une «retouche Socalled» avant le mixage final.


À quel son s'attendre? «Ils sont ouverts à tout, explique Dolgin, agréablement surpris d'avoir une carte aussi blanche. Mais en gros, je vais faire ce que j'ai toujours fait. Mon but n'est pas de provoquer le public d'Enrico Macias, mais de lui montrer que ce chanteur est toujours d'actualité.» Pour la petite histoire, Socalled connaissait à peine Enrico Macias avant que la compagnie de disque EMI ne les mette en contact. «J'avais des vieux vinyles et je l'avais déjà échantillonné il y a 10 ans, mais sans plus», admet-il. «C'est en faisant des recherches que j'ai compris à quelle pointure j'avais affaire. Son mélange de pop avec une twist orientale est très intéressant. Et c'est un nouveau terrain d'exploration pour moi.»

Les deux artistes ont fait connaissance l'automne dernier, pendant le Festival sépharade de Montréal, auquel participait le chanteur français. Cette première rencontre a débouché sur une collaboration immédiate: à l'invitation de Socalled, Macias a prêté sa voix au morceau U and LVD qui devrait se retrouver sur le prochain album du Montréalais, prévu pour 2011. «La chanson est basée sur une vieille mélodie hassidique, mais nous avons écrit les paroles ensemble. C'est en anglais et en français. Je crois qu'elle a du potentiel» ajoute le musicien, savourant manifestement cette prise improbable.

L'album, auquel participent aussi la rappeuse Roxanne Shante et le vieux chanteur de calypso The Mighty Sparrow s'intitulera Sleepover. Le disque est complété et Socalled est actuellement à la recherche d'une compagnie de disque à Montréal ou en France. Le disque d'Enrico Macias doit pour sa part être terminé fin septembre et être dans les bacs pour Noël. «Tant mieux si son album sort avant le mien, lance Socalled en souriant. Ça donnera peut-être envie aux gens d'écouter mon disque...».

La Presse

 Jewpop vous en dira plus sur ce projet dès que des extraits du nouvel album d'Enrico Macias seront disponibles, mais à n'en pas douter, de la collaboration entre les deux artistes risque fort de sortir un disque totalement réjouissant ! En attendant, voici en exclusivité une photo d'une séance d'enregistrement, réunissant SoCalled au piano et Jean-Claude Ghrenassia à la contrebasse (copyright Studio Badabing) :



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