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lundi 13 juin 2011

Influences croisées pour le 7è Festival des Cultures Juives de Paris


Le 7ème Festival des Cultures juives de Paris s'ouvrira mardi 14 juin, avec pour thématique les "influences croisées" entre cultures juives et celles côtoyées à travers les siècles. Jusqu'au 30 juin, plus de 50 événements, entre concerts, spectacles, films, conférences, expositions, ateliers... permettront au public parisien de découvrir un très vaste panorama des métissages et apports mutuels qui enrichissent notre société, à travers une programmation toujours éclectique. Rencontres et partage sont au coeur de cette édition, dont Jewpop vous présente les temps forts et moments à ne pas manquer.

Mardi 14 juin, la soirée d'ouverture du festival se tiendra à la Gaîté Lyrique, avec la création chorégraphique "Judith, la faiseuse de pluie", de Pasqualina Noël, qui met à l’honneur, avec la Compagnie Dance in corpore, l’œuvre de Martha Graham. Cette création sera suivie du remix audiovisuel "El Gaucho Digital", créé par deux des membres du célèbre groupe franco-argentin Gotan Project, Christoph Müller et Eduardo Makaroff, avec la présence au piano de Gustavo Beytelmann. 
  
La musique est toujours à l'honneur, avec cette année de nombreux concerts. Côté musiques actuelles, Yémen Blues (Bluesy jazz funk saharien) et le Yiddish Twist Orchestra (big band ska calypso with a yiddish twist !) le 21 juin, Mazal (électro-sefarade) et Boogie Balagan (rock psychédélique) le 23 juin, les groupes Anakronik Electro Orkestra (électro-klezmer) et Les Yeux Noirs (yiddish pop manouche jazz) le 29 juin.


Musique classique avec le récital de guitare classique par la virtuose internationale Liat Cohen dimanche 26 juin et un concert du Quatuor Benaïm avec des textes lus par Marie-Christine Barrault mardi 28 juin, musiques judéo-baroques avec l'Ensemble Texto et chants de noces judéo-espagnols avec l'Ensemble Saltiel, pour la soirée de clôture du 30 juin,  chorales juives sous la direction de Jacinta le dimanche 19 juin, cabaret musical avec le "Cortège du Tchoulent" de Miléna Kartowsky le lundi 20 juin, mais aussi des conférences comme celles que tiendront Bruno Blum, sur les liens entre culture rastafari et judaïsme, David Taugis sur les Juifs et le rock, Hervé Rothen sur l'interculturalité dans les musiques juives. 


Parmi les autres temps forts de ce festival, une soirée exceptionnelle mercredi 15 juin au Théâtre Déjazet, avec la troupe musicale du Cirque Romanès et le groupe klezmer Glik, sous le signe d'un duel musical festif dans la grande tradition des "battle" jazz, créé spécialement pour le Festival et intitulé "J'aimerais perdre la tête...". Cette 7ème édition du festival ne manquera pas de vous faire tourner la tête, alors réservez vite vos billets, les cultures juives sont dans la place !

Alain Granat

Retrouvez toutes les infos et le programme complet sur le site du Festival des Cultures Juives de Paris

Billetterie en ligne

Infos et réservations : Bureau du Festival, 35-37 rue des Francs-Bourgeois - Paris 4e - 01 42 17 10 69 
 


mercredi 27 avril 2011

Le Cortège du Tchoulent : un cabaret yiddish qui a du goût !

Les jeunes artistes qui renouvellent l'univers de la yiddishkeit (culture yiddish) avec talent sont rares. Miléna Kartowski, chanteuse et comédienne, a vu son formidable spectacle "Le Cortège du Tchoulent" élu "Coup de coeur" de la Fnac. Un label amplement mérité pour cette création qui mêle théâtre et musique dans la grande tradition du cabaret yiddish. Un cabaret festif, émouvant et plein d'humour, où Miléna Kartowski se réapproprie sa culture dans un show totalement moderne, loin de ce qu'elle qualifie - à juste titre - des "poncifs sclérosés, des images éculées et des interprétations cristallisées dans la douleur d'un passé tragique".

Le Tchoulent, ce ragoût de Shabbat roboratif et longuement mijoté, emblématique de la cuisine ashkénaze et célébré par Heine, l'est aussi d'une culture yiddish dont la transmission passe autant par l'apprentissage de la langue que par celle des traditions culinaires, passées de mère en fille. Puisant son inspiration dans ses souvenirs d'enfance, la chanteuse fait le lien entre ce goût (Tam en yiddish) porteur de toute une identité, qu'elle qualifie joliment de "madeleine de Proust d'un monde englouti", et de "peinture d'un monde d'avenir, celui du yiddish de demain, mon yiddish". 

Le Tchoulent de Miléna Kartowski, produit avec la collaboration artistique de Yael Tama, a une très belle saveur, celle de la fête d'un passé qui se conjugue au présent, avec une  énergie folle, qui donne envie de danser. Pour reprendre les mots d'Albert Memmi dans son recueil de pensées intitulé "Bonheurs" (Arléa / Le Seuil), "Le fameux Nahman de Bratslav ne dit-il pas que, à l'instar de la Torah, tout danse dans l'univers ?". Celui du "Cortège du Tchoulent" est empli de joie, porté par une artiste à la voix superbe, entourée de trois excellents musiciens (Nicolas Arnault au piano, François Collombon aux percussions, Samuel Maquin à la clarinette) qui mitonnent comme des chefs la musique klezmer avec des pincées de jazz, de reggae, de slam.


Si vous n'avez jamais goûté au Tchoulent (et tout particulièrement à son ingrédient le plus léger et diététique, le kishke - intestin de boeuf ou cou d'oie farci selon les recettes - dont la dégustation reste le test ultime d'adhésion à la yiddishkeit !), vous vous délecterez de celui concocté par Miléna Kartowski.

Alain Granat

Les Jeudis 28 avril et 12 mai a 20h30
Les Dimanches 1, 8, 22 et 29 mai a 18h

Au Kiron Espace
10 rue de la Vacquerie
75010 Paris
Réservations: 01 44 64 11 50 /
ou sur Fnac.com (22€)

Le teaser du spectacle 



lundi 5 juillet 2010

"Menschel et Romanska" de Hanokh Levin, au Festival d'Avignon

Née de la rencontre entre le comédien Daniel Kenigsberg et la nouvelle de Hanokh Levin "Menschel et Romanska", la pièce éponyme qui s'est jouée en février au café-théâtre de la Vieille Grille à Paris, prend le chemin du Festival d'Avignon, du 7 au 29 juillet.

Texte de 25 pages mettant en scène deux loosers, célibataires pathétiques en quête d'amour, "Menschel et Romanska" est l'une des nouvelles les plus drôles et les plus acides de l'immense dramaturge israélien.

Daniel Kenigsberg, seul en scène, joue ces deux "Affreux, sales et méchants" dont la parade amoureuse aboutit lamentablement au souk Betzalel de Tel-Aviv, célèbre pour ses incomparables sandwichs falafel. La nouvelle d'Anokh Levin est un bijou, la performance d'acteur de Daniel Kenigsberg, saluée par la critique, est au diapason du texte.

Extrait : "Ni l'un ni l'autre n'aimaient le falafel, ils l'ingurgitaient sans le moindre plaisir, Menschel essayait de manger en prenant des mines ravies et comblées, comme s'il aspirait à retrouver le goût de vomi de son enfance, quant à Romanska, elle se défoulait dessus, le dévorait à pleines dents et à pleine amertume, si bien qu'un observateur extérieur aurait pu les prendre pour deux épicuriens en train de se délecter de cette spécialité yéménite bon marché qui est devenue - comment en sommes-nous arrivés là ? - notre plat national."

 
La pièce se jouera du 7 au 29 juillet à 11h (relâche les 11, 18 et 25 juillet) dans le cadre du Festival d'Avignon, au Théâtre des Halles, Chapelle Sainte Claire (rue du Roi René, Avignon, Réservations : 04 32 76 24 51). "Menschel et Romanska" a été traduit par Laurence Sendrowicz, adapté pour la scène par Olivier Balazuc, Daniel Kenigsberg et Laurence Sendrowicz, et mis en scène par Olivier Balazuc.


Le texte de "Menschel et Romanska" a été publié dans un remarquable recueil de nouvelles, composé par Rosie Pinhas-Delpuech, intitulé "Tel-Aviv Avenir", publié en 2008 aux éditions Joelle Losfeld (collection Littérature étrangère). Commander "Tel-Aviv avenir" sur amazon (17,10€)

dimanche 17 janvier 2010

Abraham, par Michel Jonasz : une pièce d'une merveilleuse subtilité.


Michel Jonasz est Abraham, son grand-père mort dans les camps. Seul sur scène, il envahit  tout l’espace de sa présence imposante et incarne de façon émouvante cet homme sympathique et bon qu’il n’a pas connu, mais dont il va retracer des bribes de vie. La pièce démarre lorsqu’Abraham sait qu’il va mourir. Il comprend ce qui l’attend quand il pénètre le lieu où les déportés doivent se déshabiller pour les « douches », et pendant les quelques moments le séparant de la mort, va se remémorer sa vie. Juif polonais, il quitte à vingt ans ce pays « le plus triste du monde » pour la Hongrie, où il devient hazan (cantor) de la synagogue d’un charmant village de Hongrie, dont il tient aussi l’épicerie.

Jonasz nous fait vivre de façon intense, avec l’accent yiddish, sa rencontre et sa vie avec Rosele, sa femme bien-aimée, le bonheur familial avec ses sept enfants et les discussions incessantes, proches du pilpoul, avec son meilleur ami Yankel, naïf et susceptible. Face à lui, Abraham est malicieux, heureux de la vie qu’il mène, même s’il a des rêves de voyages. Mais en homme bon et posé, il sait se contenter de « petits bonheurs », comme celui de se moquer de son ami où de faire rougir la jolie Myriam. Avec comme seul décor un banc en bois, Michel Jonasz réussit l’exploit de nous faire « voir » et sentir le village d’Abraham, ses commerçants, son épicerie, ses enfants, la synagogue et Rosele. Merveilleux acteur, il reste aussi ce chanteur inimitable, qui met aujourd’hui sa voix de soulman juif au service d’un répertoire qu’il a créé spécialement pour la pièce. Enregistrées à Budapest, les chansons aux orchestrations tziganes qu’il interprète, sont tour à tour tendres, drôles, toujours empreintes de ces mélodies nostalgiques qui sont la marque du Jonasz des « vacances au bord de la mer ». 

Selon lui, ce spectacle n’est pas universel, puisqu’il s’agit avant tout de l’histoire de sa famille. En ce sens, il a raison, et pourtant, même si chaque histoire est unique, en 1h20 tout est dit. Un monde simple, où le bonheur, la religion, l’amour des siens, rendaient heureux malgré la pauvreté. Et ce monde-là, à tout jamais englouti, ressurgit devant nous par la grâce de Jonasz. Une magnifique pièce, très joliment écrite, où malgré l’horreur qui nous étreint, on rit beaucoup, car l’humour juif reste le plus fort.

Arielle Granat

Au Théâtre de la Gaîté-Montparnasse, 26 rue de la Gaîté, 75014 Paris,  tous les dimanche (15h) et lundi (20h), jusqu’à fin mars

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