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lundi 13 juin 2011

Influences croisées pour le 7è Festival des Cultures Juives de Paris


Le 7ème Festival des Cultures juives de Paris s'ouvrira mardi 14 juin, avec pour thématique les "influences croisées" entre cultures juives et celles côtoyées à travers les siècles. Jusqu'au 30 juin, plus de 50 événements, entre concerts, spectacles, films, conférences, expositions, ateliers... permettront au public parisien de découvrir un très vaste panorama des métissages et apports mutuels qui enrichissent notre société, à travers une programmation toujours éclectique. Rencontres et partage sont au coeur de cette édition, dont Jewpop vous présente les temps forts et moments à ne pas manquer.

Mardi 14 juin, la soirée d'ouverture du festival se tiendra à la Gaîté Lyrique, avec la création chorégraphique "Judith, la faiseuse de pluie", de Pasqualina Noël, qui met à l’honneur, avec la Compagnie Dance in corpore, l’œuvre de Martha Graham. Cette création sera suivie du remix audiovisuel "El Gaucho Digital", créé par deux des membres du célèbre groupe franco-argentin Gotan Project, Christoph Müller et Eduardo Makaroff, avec la présence au piano de Gustavo Beytelmann. 
  
La musique est toujours à l'honneur, avec cette année de nombreux concerts. Côté musiques actuelles, Yémen Blues (Bluesy jazz funk saharien) et le Yiddish Twist Orchestra (big band ska calypso with a yiddish twist !) le 21 juin, Mazal (électro-sefarade) et Boogie Balagan (rock psychédélique) le 23 juin, les groupes Anakronik Electro Orkestra (électro-klezmer) et Les Yeux Noirs (yiddish pop manouche jazz) le 29 juin.


Musique classique avec le récital de guitare classique par la virtuose internationale Liat Cohen dimanche 26 juin et un concert du Quatuor Benaïm avec des textes lus par Marie-Christine Barrault mardi 28 juin, musiques judéo-baroques avec l'Ensemble Texto et chants de noces judéo-espagnols avec l'Ensemble Saltiel, pour la soirée de clôture du 30 juin,  chorales juives sous la direction de Jacinta le dimanche 19 juin, cabaret musical avec le "Cortège du Tchoulent" de Miléna Kartowsky le lundi 20 juin, mais aussi des conférences comme celles que tiendront Bruno Blum, sur les liens entre culture rastafari et judaïsme, David Taugis sur les Juifs et le rock, Hervé Rothen sur l'interculturalité dans les musiques juives. 


Parmi les autres temps forts de ce festival, une soirée exceptionnelle mercredi 15 juin au Théâtre Déjazet, avec la troupe musicale du Cirque Romanès et le groupe klezmer Glik, sous le signe d'un duel musical festif dans la grande tradition des "battle" jazz, créé spécialement pour le Festival et intitulé "J'aimerais perdre la tête...". Cette 7ème édition du festival ne manquera pas de vous faire tourner la tête, alors réservez vite vos billets, les cultures juives sont dans la place !

Alain Granat

Retrouvez toutes les infos et le programme complet sur le site du Festival des Cultures Juives de Paris

Billetterie en ligne

Infos et réservations : Bureau du Festival, 35-37 rue des Francs-Bourgeois - Paris 4e - 01 42 17 10 69 
 


mercredi 25 mai 2011

Infiltration douloureuse


Le roman majeur de Yehoshua Kenaz "Infiltration", adapté par le réalisateur Dover Kosashvili ("Mariage tardif", "Cadeau du ciel"), offre une vision bouleversante et tragi-comique de l'univers militaire israélien des années 50, à travers un groupe de jeunes recrues aux antipodes des soldats emblématiques de Tsahal. Les héros d'"Infiltration" ont 18 ans, arrivent de kibboutzim, de bidonvilles, des quartiers huppés de Jérusalem. Tous, ou presque, souffrent d'un handicap physique ou psychologique qui les empêchent de servir dans une unité combattante. Humiliation suprême dans un contexte idéologique où les mythes fondateurs du jeune Etat glorifient un soldat israélien pionnier et combattant.

De l'oeuvre dense et magistrale de Kenaz, le cinéaste israélien d'origine géorgienne, s'appuyant sur un casting impeccable et une réalisation dépouillée, a conservé le juste équilibre entre psychologie des personnages et traitement dramatique. Allant même jouer sur le terrain d'un Robert Altman avec "M.A.S.H.", lors de scènes délibérément comiques, ou sur celui de Stanley Kubrick, avec le personnage de l'instructeur Benny, sadique et mielleux à souhait (admirablement interprété par Michael Aloni), qui n'est pas sans rappeler celui du sergent Hartman de "Full Metal Jacket".


Il n'est pas question de guerre dans "Infiltration", mais de l'expérience à la fois traumatisante et fondatrice vécue par des anti-héros, aux origines ethniques diverses, reflets des multiples aspects de la société israélienne. De Ben Hamo, le juif marocain homosexuel (Assaf Ben Shimon, éblouissant !), à Alon, le kibboutznik ashkénaze blond, personnage central du film et obsédé par son désir d'intégrer le corps d'élite des paras, tous vont éprouver, au cours de ces trois mois de formation militaire, cette "infiltration" qui s'insinue dans les corps et les esprits. Entre le mépris des officiers, la violence sourde d'un groupe humain disparate, comment se cimente un "esprit national israélien" ? 


Kenaz avait remarquablement dépeint, dans son roman, le sentiment de ces jeunes hommes, qui, par delà les barrières sociales ou culturelles, se retrouvaient dans un engagement collectif. L'un de ses personnages, Double-Zéro, clôturait le livre en apprenant qu'il est père, et s'écriait " J'ai un enfant sabra. Sabra comme eux, et il nous montra du doigt. Il parlera l'hébreu comme ils le parlent. Il ne connaîtra aucune langue étrangère, seulement l'hébreu, et il va apprendre leurs chansons. Mon enfant, je ne vais pas lui donner un de ces noms affreux de l'étranger, Lupu, Mupu, Berko, Chmerko. Je vais lui donner un nom de sabra, un de ces noms nouveaux, pas un nom de pauvre type. Je vais l'élever comme ces enfants beaux et forts, pour qu'il soit digne de ce pays. Il ne deviendra pas une merde comme moi.". 

Le film de Dover Kosashvili, projeté pendant le Festival du film israélien de Paris, a choqué quelques rares spectateurs, qui ont reproché au réalisateur, lors du débat qui a suivi la projection, de donner une "image fausse et négative de l'armée israélienne". L'un des grands mérites de ce film, fidèle à l'esprit du roman de Kenaz, est de montrer sans exagération ni caricature, en s'attachant à des personnages intenses, le contexte historique de ces années 50 et la place essentielle de l'armée dans la constitution de la société israélienne. Loin de toute morale ou phraséologie sioniste, "Infiltration" est  tout simplement le miroir d'un pays en devenir.

Alain Granat


Infiltration
Bande annonce vost publié par CineMovies.fr - Les sorties ciné en vidéo


vendredi 25 mars 2011

Elizabeth Taylor, Cléopâtre juive


Si la disparition d'Elizabeth Taylor a donné lieu à la publication de nombreux articles consacrés à sa vie, très peu mentionnent le fait que l'actrice s'était convertie au judaïsme. Comme Marylin Monroe, qui l'avait fait par amour pour Arthur Miller.  Mais dans le cas de Taylor, ce fut une décision mûrie de longue date. Sa conversion eut lieu en 1959, alors qu'elle était âgée de 27 ans. Deux années auparavant, elle épouse le producteur Mike Todd, qui périt un an plus tard dans un accident d'avion. Mike Todd était juif (de son vrai nom Avrom Goldbogen), mais cette conversion n'a pas eu lieu avant ou pendant ce mariage.

Elizabeth Taylor, dans sa biographie, explique que sa décision n'a eu aucun rapport avec l'origine juive de son mari, mais qu'elle avait toujours été attirée par l'univers du judaïsme, se sentait très concernée par la souffrance des juifs pendant la guerre et s'identifiait complètement aux juifs en tant que "personnes rejetées". Etudiant pendant 9 mois auprès d'un rabbin rescapé de la Shoah, l'actrice se rendit régulièrement à la synagogue et se convertit lors d'une cérémonie à laquelle assistaient ses parents, prenant le nom hébreu d'Elisheba Rachel. Très attachée également à l'Etat d'Israël, elle se proposa comme otage lors du détournement d'Entebbe, en 1977.


Avec l'homme de sa vie, le comédien britannique Richard Burton, les disputes homériques sont légendaires, mais celle-ci, rapportée dans le livre "Furious Love" consacré à leur histoire d'amour, révèle un lien au judaïsme particulièrement savoureux. Burton, qui était d'origine galloise, fit un jour en public une référence au fait que les Gallois étaient selon lui les "Juifs du Royaume-Uni", ajoutant à l'attention de son épouse "Tu n'es pas juive du tout ! S'il y a un seul juif dans ce couple, c'est moi !". Ce à quoi Elizabeth Taylor répondit, en toute simplicité "Je suis juive et tu peux aller te faire foutre !".

Alain Granat
Sources : jewishjournal.com, tabletmag.com

lundi 21 mars 2011

Un grand cru pour le 11ème Festival du cinéma israélien

Le 11ème Festival du cinéma israélien retrouve, à partir du mercredi 23 mars, le Cinéma des cinéastes dans le XVIIème arrondissement de Paris, pour une semaine riche en événements. Parrainée cette année par l'acteur-réalisateur Pascal Elbé, la manifestation présente une quinzaine de films non distribués en France, plusieurs documentaires exceptionnels et les meilleurs courts-métrages d'animation de la prestigieuse Ecole Bezalel de Jérusalem. Une programmation très riche, reposant sur plusieurs films adaptés d'oeuvres littéraires d'auteurs majeurs israéliens, tels que David Grossman, Amir Gutfreund ou encore Yehoshua Kenaz, complétée par une table-ronde sur l'adaptation littéraire dans le cinéma israélien et par un cycle intitulé "Russian connection", composé de quatre documentaires. Tout le détail de la programmation est disponible sur le site du Festival.

Jewpop, partenaire du Festival, vous propose ses coups de coeur !



Plus grand succès du box-office israélien de l'année 2010, This is Sodom ("C'est Sodome") d'Adam Sanderson et Muli Segev , revisite la Bible et l'épisode célèbre de l'éradication de la ville de Sodome et de ses célèbres sodomites, dans une comédie délirante à l'inspiration très Monty Python. L'éclat de rire du Festival !



Adapté du splendide roman éponyme de Yehoshua Kenaz, Infiltration, réalisé par Dover Kosahvilli ("Mariage tardif") retrace l'histoire de jeunes recrues israéliennes dans une base militaire du Néguev, en 1955. Un film intense et inspiré, dans la grande tradition du meilleur cinéma hollywoodien, qui montre combien, malgré la "vindicte militaire", s'est cimenté le sentiment national israélien autour du passage par l'armée et par la guerre.



The Matchmaker, d'Avi Nesher, se déroule à Haïfa, durant l'été 68. Un adolescent, Arik, trouve un emploi d'été plutôt atypique auprès de Yankele, rescapé de la Shoah devenu agent matrimonial.  Avi Nesher livre un regard sensible sur la découverte de l'amour, autour de personnages qui tentent de se reconstruire après l'innomable.

Enfin, ne manquez pas le superbe documentaire Precious Life, déjà chroniqué par jewpop , qui offre une vision humaniste du conflit israélo-palestinien, loin de tous clichés.

lundi 14 mars 2011

Comment Woody Allen peut changer votre vie

Dans "Comment Woody Allen peut changer votre vie" (Editions du Seuil), le psychanalyste suisse Éric Vartzbed propose un regard particulièrement original sur l'oeuvre du cinéaste et sur ses supposées vertus thérapeutiques. Expliquant en préambule le choc qu'il ressentit à la vue d' Une autre femme (réalisé par W. Allen en 1988), une "rencontre capitale" qui provoqua chez lui un "travail de compréhension", l'auteur, à travers cet essai d'une centaine de pages, tente de répondre à l'interrogation  majeure de chacun : comment être heureux ? Via la filmographie de l'auteur de Annie Hall.

Voir l'oeuvre de Woody Allen au travers du prisme de la psychanalyse est évidemment un angle idéal, tant le sujet est omniprésent dans tous ses films. Comme le rappelle E. Vartzbed, Allen est resté... Trente-six ans en analyse, considérant finalement que les bénéfices de sa cure sont nombreux, à commencer par celui de "libérer les dons qui sont en nous". Une forme de catharsis dynamisante face à l'échec, qui "favoriserait l'équilibre du sujet", une "névrose féconde" qui pousserait à la création. 


En quelques chapitres abordant des questions fondamentales, liées au sentiment amoureux, à la sexualité, à la spiritualité, à l'imposture, au désir, à l'interdit, à la valeur du langage, à la frustration, à la quête du bonheur... Éric Vartzbed analyse avec brio les scénarii d'Allen, resituant sa vision de l'existence au travers de citations d'une extrême drôlerie, marques de fabrique de ce clown blanc pour qui "la dépression n'est qu'une réaction naturelle aux problèmes de la vie". Ainsi, le personnage de Gabe, dans Maris et Femmes, déclarant "La seule fois où Rifkin et sa femme avaient connu un orgasme simultané, c'est au moment où le juge leur avait remis l'acte de divorce".


La clef de la morale de Woody Allen, selon Vartzbed, est "Peu importe comment, pourvu que cela marche" (Whatever works), l'auteur qualifiant avec humour le cinéaste de "Spinoza à New-York". Face à la difficulté d'aimer, de vivre, Allen propose dans ses films une "hygiène de vie pragmatique", qui "valorise l'expérience, les essais, les erreurs, jusqu'à ce que l'individu se connaisse, cerne ce qu'il aime et s'y voue".  Si la lecture de "Comment Woody Allen peut changer votre vie" ne changera pas forcément votre existence, elle ravira tous les fans du réalisateur, qui y trouveront matière à réflexion et matière à sourire, en n'oubliant pas que "Le plus important est de ne pas être triste", ainsi que l'a récemment déclaré le cinéaste.

Alain Granat


jeudi 10 mars 2011

Shalom Bollywood, l'histoire extraordinaire des acteurs juifs indiens

 
Jusqu’à la fin des années 20, tourner dans un film était impensable pour les actrices indiennes, le cinéma étant alors une activité considérée comme indigne pour toute femme « vertueuse ». Les acteurs de l’époque du cinéma muet indien se travestissaient, rasant leurs moustaches et revêtant des saris. Finalement, des femmes firent leur apparition à Bollywood. Mais elles n’étaient ni hindoues ni musulmanes. Elles étaient juives.


« Shalom Bollywood », du réalisateur de documentaires australien Danny Ben-Moshe, retrace l’histoire des Juifs qui participèrent au développement de la formidable industrie cinématographique indienne. Ben-Moshe explique que « les familles juives vivant en Inde (NDLR : des communautés Bene Israeli et Baghdadi, représentant aujourd'hui environ 6000 personnes sur une population de... 1,2 milliard d'habitants) étaient libérales. Les juives indiennes, avec leur peau claire et leur type plus européen, crevèrent l’écran ! ». Ainsi, Susan Soloman, célèbre sous son nom de scène Firoza Begum, Sulochana (née Ruby Meyers), la première Miss Inde, Pramila (née Esther Abrahams), ou encore Nadira (Florence Ezekiel). Mais la contribution juive à l’essor de Bollywood ne se limita pas à des actrices. Le scénario et les chansons du premier film indien parlant, Alam Ara (1931), furent écrits par un Juif, Joseph Penkar David. L’un des plus grands chorégraphes de Bollywood, David Herman, était Juif. Tout comme l’une des stars masculines du cinéma indien, David Abraham Cheulkar, acteur dans plus de 100 films.

Sulochana (Ruby Meyers) fut la première star féminine indienne de l’âge d’or bollywoodien, ses revenus dépassant celui du gouverneur de Bombay ! Née en 1907, elle travaillait comme standardiste avant de débuter sa carrière d’actrice, et figurera dans des films à succès tels que « Balidaan » (1927) et « Wildcat of Bombay », dans lequel elle joue huit rôles différents, dont celui d’un homme et d’une… Européenne blonde !


Dans les années 40, alors que la carrière de Sulochana s’essouffle, une autre actrice juive voit son étoile monter au firmament bollywoodien. Son nom : Esther Victoria Abrahams, qui prendra comme nom d'actrice Pramila. Elle fut en 1947 la première Miss Inde, un fait d’autant plus unique que sa fille Naqi Jahan remportera également le titre en 1967 ! Pramila apparaîtra dans de nombreux films, dont l’immense succès « Mother India », qui restera sur les écrans indiens 82 semaines. Connue pour son esprit indépendant, elle quitte sa famille, originaire de Calcutta, à l’âge de 17 ans, pour rejoindre Bombay, où elle trouve un emploi dans un cinéma itinérant, dansant pour les spectateurs pendant les 15 minutes requises pour changer les bobines durant les séances ! Pramila incarnera la vamp indienne des années 40, apparaissant dans plus de 30 films.

Mais la plus célèbre des actrices juives de Bollywood reste Nadira, née Florence Ezekeil, archétype de la femme fatale, qui dit un jour à un journaliste venu l’interviewer et visiblement très nerveux : « Ne vous asseyez pas au bord du lit, vous allez tomber ! Venez plus près de moi et mettez-vous à l’aise. Je ne vais pas vous manger ! ». L’un de ses plus célèbres rôles est celui de Maya dans « Shree 420 », de Raj Kapoor. 

Danny Ben-Moshe doit encore tourner quelques scènes en Inde avant de terminer son film, qui devrait sortir sur les écrans en 2012. « C’est étrange », déclare-t-il, « A Hollywood, les Juifs sont plutôt derrière la caméra et côté production, cachant souvent leur origine. Mais en Inde, c’est tout le contraire ! Les Juifs de Bollywood assument leur judaïsme avec assurance, face à la caméra ».

Traduit de l’anglais par Alain Granat, d’après un article de Lhendup Gyatso Bhutia, source : www.dnaindia.com

mardi 8 mars 2011

Precious Life, un film choc sur le conflit israélo-palestinien


Shlomi Eldar est reporter dans le  monde arabe pour la chaîne privée israélienne Channel 10. Pendant 20 ans, il a posé son regard de journaliste sur la bande de Gaza, témoigné des aspects humains de la situation dans ce territoire coincé entre Israël et l'Egypte. En 2007, Eldar reçoit le prestigieux prix Sokolov, équivalent israélien du prix Pulitzer, le jury récompensant son travail, qui a "su apporter au public israélien des images d'une réalité complexe qui n'est pas toujours agréable à regarder en face". Son visage a été médiatisé dans le monde entier lorsqu'un soir de janvier 2009, pendant l'opération Plomb durci, il reçoit un appel téléphonique en direct à l'antenne. Son ami, le docteur Izzeldin Abou El-Eish, médecin palestinien qui travaille à l'hôpital Tel Hashomer de Tel-Aviv, vient de perdre trois de ses filles et une nièce dans un bombardement de sa maison par l'armée israélienne.


"Precious Life" a été tourné avant le début de l'opération Plomb durci. Mohammad, un bébé de 4 mois originaire de Gaza,  né sans système immunitaire, va sans doute mourir faute de trouver l'argent nécessaire pour une greffe de moelle osseuse.  Contacté par un médecin de Tel Hashomer, le docteur Raz Somech, Shlomi Eldar réalise un sujet pour Channel 10, et un donateur anonyme offre la somme de 55 000 $ nécessaire à l'opération et au traitement de l'enfant. Eldar déclare que sa "mission de journaliste était remplie" mais que "pour une raison inexpliquée, quelque chose l'a retenu à l'hôpital". Ce sont les formidables images tournées pendant les mois suivants, qui sont au coeur de "Precious Life", vibrant plaidoyer pour un changement des mentalités dans la région.

L'un des personnages central du film est Raïda, la mère du petit Mohammad, qui illustre à merveille l'un des paradoxes du conflit entre palestiniens et israéliens, coincée entre sa volonté de voir son enfant survivre, grâce aux soins prodigués par ses "ennemis", et sa position de palestinienne de Gaza, prise à partie par ses concitoyens comme une "collaboratrice". Profondément croyante, elle répond au cinéaste, dans une scène d'une rare intensité, qu'elle serait prête à sacrifier son fils comme martyr, au nom d'Allah. Shlomi Eldar raconte que cette scène l'a tellement déprimé et mis en colère qu'il a un moment souhaité interrompre le tournage de son film. 


Aux côtés de la famille de Mohammad, dont on suit la lutte pour la survie de leur bébé comme une fiction éprouvante et captivante, le docteur Raz Somech reste l'autre figure marquante de "Precious Life". Si l'espoir d'un règlement du conflit persiste, on le doit à des hommes de cette trempe,  qui placent l'abnégation et la générosité au-dessus de tout sentiment. Même après avoir visionné la scène où Raïda se dit prête à sacrifier son fils comme martyr, celui-ci n'a qu'une seule réaction : "Je m'en fiche !", qui fera dire à Raïda "Cet homme n'est pas un docteur, c'est un ange". Le film de Shlomi Eldar foisonne de tels moments émouvants, et d'autres surprenants, comme la vision de palestiniens de Gaza découvrant les abords de l'hôpital, s'étonnant de fouler une pelouse, ou encore confrontés aux festivités du 60ème anniversaire d'Israël.


Présent lors de l'avant-première du film, qui sera projeté dans le cadre du 11ème Festival du Cinéma Israélien de Paris, le réalisateur a expliqué avoir eu "beaucoup de réactions de la part d'Israéliens qui ont eu le sentiment que le film leur avait offert un regard inédit sur la vie à Gaza." ajoutant que "cela fonctionne dans les deux sens, car la diabolisation entre les deux peuples est l'un des problèmes les plus graves. On ne peut l'endiguer qu'à partir du moment où on apprend à se connaître. Ce qui est étonnant, c'est que le seul espace où cela se déroule actuellement, c'est dans les hôpitaux israéliens, où Israéliens et Palestiniens se battent côte à côte dans un but commun". Si Shlomi Eldar est bien conscient, comme il l'a également déclaré lors du débat qui a suivi la projection, que le Hamas reste un parti intégriste, une  organisation corrompue, comme l'Autorité palestinienne, et qu'elle constitue une "base avancée " de l'Iran, il affirme que la paix ne pourra venir que des populations, non de ses gouvernants. "Precious Life" est une oeuvre non seulement extraordinaire d'un point de vue cinématographique,  qui vous hante longtemps après sa vision, mais aussi un film utile, à montrer à tous ceux qui tiennent un discours figé et radical sur le conflit.

Alain Granat

La bande-annonce de "Precious Life" (sortie nationale le 23 mars)

mercredi 26 janvier 2011

Serge et Beate Klarsfeld, Love Story


Il est des couples qui font rêver. Celui de Serge et Beate Klarsfeld défie les normes, tant par leur passé familial a priori totalement incompatible, que par leur destin (hors du) commun. La réalisatrice Elisabeth Lenchener, qui a consacré par le passé trois documentaires aux époux Klarsfeld et à leur fils Arno, s'attache, avec son nouveau film "Serge et Beate Klarsfeld, guérilleros de la mémoire", diffusé vendredi 28 janvier à 20h35 sur France 5 dans le cadre de la collection "Empreintes", à décrypter avec sensibilité l'indéfectible lien amoureux qui unit l'avocat et son épouse, en nous faisant découvrir comment leur vie sentimentale et familiale s'est bâtie en parallèle à leurs actions d'éclat, et à leur inlassable travail de justice.


Si ce beau documentaire rappelle à ceux qui ne connaîtraient pas l'histoire des Klarsfeld quelques faits marquants, comme la célèbre gifle assenée au chancelier allemand Kiesinger en 1968 par Beate, qui rendra célèbre la jeune traqueuse de nazis, c'est surtout l'angle choisi par la réalisatrice qui retiendra l'attention. On apprend ainsi que pour Serge Klarsfeld, le jeune couple, foudroyé par l'amour sur un quai de metro parisien en 1960 comme dans un bon film de Lelouch, "n'avait pas la moindre ambition, sinon d'être heureux" !


Elisabeth Lenchener nous fait ainsi découvrir le fonctionnement de ce couple et de leurs enfants Arno et Lida, leur amour des animaux, le quotidien de ces héros modernes, qui déclarent "Si nous n'avions pas fait ce qu'on a fait, ce ne serait pas tellement drôle d'être vieux. L'idéal serait de mourir ensemble". Une splendide leçon de vie, de morale, d'histoire, et surtout d'amour.



1ère diffusion : vendredi 28 janvier à 20h35 sur France 5
2ème diffusion : dimanche 30 janvier à 7h50 France 5 (durée 52')


A propos de la réalisatrice : Elisabeth Lenchener a notamment organisé le premier festival de cinéma juif à l'Olympic (Paris, 1978), avant d'acquérir les droits de plusieurs films yiddish, dont Le Dibbouk, qu'elle distribuera en 1981 et fera diffuser sur France 2 et Arte. Elle a écrit et produit plusieurs documentaires sur les Falachas, produit et réalisé des films tels que "L'Histoire des Klarsfeld", "Claude Olievenstein, la drogue et la vie", ou encore "Bernard Kouchner, ce que je crois".

jeudi 9 décembre 2010

Silas Hardoon, le nabab juif de Shangaï

L'incroyable saga de Silas Hardoon, juif irakien émigré en Chine à la fin du XIXè siècle, à la fois négociant d'opium (à une époque où le trafic était légal) et promoteur immobilier qui métamorphosa Shanghaï en une ville moderne, sortira sur les écrans en 2011. C'est le réalisateur Taylor Hackford ("Officer et Gentleman", auteur également du formidable biopic "Ray"), qui a mis en scène la vie stupéfiante de cet enfant pauvre devenu l'un des tycoons de l'Asie du début du XXè siècle.


  
Né en 1851 à Bagdad, Saleh Hardun (son nom d'origine) quitte l'Irak avec sa famille à l'âge de 5 ans, pour rejoindre Bombay. Il y sera éduqué dans une école destinée aux enfants juifs nécessiteux, fondée par David Sassoon, autre juif irakien ayant fait fortune en Inde, à la tête d'un véritable empire commercial.  Silas, encore adolescent, rejoint la société de Sassoon et se fait remarquer à 17 ans, pour son sens remarquable du commerce. Il est d'abord envoyé à Hong Kong,  mais 6 années plus tard, est renvoyé de la société pour des raisons restées mystérieuses. Sans un sou, il débarque à Shangaï ,où la communauté juive irakienne présente dans la ville lui trouve un job de collecteur de loyers dans la filiale locale de la société Sassoon.


C'est le début de la formidable réussite de ce visionnaire, qui créera l'architecture du Shangaï du XXème siècle, aujourd'hui disparue avec l'avènement du régime communiste chinois. Sans vouloir retracer ici toute la vie de ce personnage extraordinaire, que l'on retrouvera bientôt sur les écrans, il faut savoir qu'il est le seul étranger à avoir eu droit à son propre personnage dans un opéra chinois ! Vendeur d'opium, bâtisseur, alchimiste, avare et philanthrope à la fois, Juif converti au bouddhisme, il fût marié à une prostituée chinoise qui deviendra sa muse et principale influence, Luo Jialing (Liza Roos), eurasienne de confession bouddhiste, ayant probablement des origines juives... Un Juif de Shangaï, M. Myers, affirmait en effet qu' Hardoon lui avait révélé les origines juives du père de sa femme, de nationalité française. Luo et Silas adoptèrent plusieurs enfants chinois, élevés dans la tradition bouddhiste, ainsi que neuf enfants d'origines différentes, qui furent élevés dans la tradition juive.

Si la résidence d'Hardoon, palais de rêve connu sous le nom de Aili Garden, finit en ruine, ravagée par un incendie, elle est restée mythique à Shangaï. A sa mort, en 1931, Hardoon fût enterré dans ses jardins au grand dam de la communauté juive de la ville, scandalisée. On doit aussi au nabab la construction, en 1927, d'une superbe synagogue d'architecture moderniste, Beth Aharon, qui fit office de refuge et de dortoir pour des centaines de juifs d'Europe réfugiés à Shangaï lors de la montée du nazisme. Elle accueillit aussi l'école rabbinique biélorusse Mir Yeshiva, qui fut la seule institution du genre à réchapper à la Shoah. De cette synagogue, détruite en 1985 pour y construire à la place un gratte-ciel (jamais érigé !), il ne reste aujourd'hui qu'un bloc de pierre visible au musée de Shangaï. La plupart des réalisations de Silas Aaron Hardoon ont aujourd'hui disparu. Avec The Merchant of Shangai, le réalisateur Taylor Hackford tient un beau sujet, l'histoire d'un petit juif pauvre de Bagdad dont la fortune fut estimée, à sa mort, à 21 billions de dollars actuels. 


vendredi 5 novembre 2010

C'est l'histoire d'un mec... Palestinien

Arafat, Moubarak, le roi Hussein et Chirac sont dans un petit avion. Il y a une panne, et des passagers en trop. Ils se regardent les uns les autres, trois d'entre-eux au moins doivent se sacrifier.  Qui va sauter ? Moubarak se jette de l'avion en disant "Au nom du peuple égyptien, je me sacrifie !". Hussein se jette ensuite en disant "Au nom du peuple jordanien, je me sacrifie !". Reste Chirac et Arafat. Il faut encore que quelqu'un se sacrifie. Arafat regarde Chirac et dit : "Au nom du peuple palestinien, je vais sacrifier Chirac !".Voilà l'une des blagues qu'a recueilli en Cisjordanie la réalisatrice Vanessa Rousselot pour son film "Blagues à Part", étonnant documentaire diffusé ce soir sur la chaîne Planète à 22h05.

Un film encensé par la presse et sur Internet, qui révèle une facette insolite et jusqu'ici jamais montrée des Palestiniens, loin de tous les clichés réducteurs. A la question peut-on faire de l'humour quand on vit au coeur d'un conflit, Vanessa Rousselot, 28 ans et ancienne étudiante de Langues Orientales, répond en filmant des habitants de Cisjordanie, et même de Gaza via webcam. Le résultat est sidérant et complètement décalé. On apprend ainsi que les habitants de Hebron sont les belges palestiniens, ridiculisés dans des blagues hilarantes, pour la plupart évidemment liées au conflit.

  
"Blagues à part" n'a pas encore été projeté en Israël, car il vient tout juste d'être terminé. Mais sa réalisatrice, qui a appris l'hébreu à Jerusalem, a déclaré à jewpop vouloir le montrer "en organisant des projections dans des lieux publics, mais aussi en proposant aux gens d'organiser des projections informelles chez eux, en invitant leurs voisins." ajoutant qu'elle avait "montré les toutes premières images filmées au début du projet à quelques Israéliens, qui les avaient beaucoup apprécié. Ils avaient l'air de découvrir des aspects des Palestiniens qu'ils n'auraient jamais imaginé, comme par exemple la capacité à rire d'eux-mêmes."

Jewpop a demandé à Vanessa Rousselot s'il existait un phénomène de blagues sur les Palestiniens en Israël, comme c'est le cas inverse dans les territoires occupés. "Je ne sais pas, on ne m'en a pas raconté" explique-t-elle, ajoutant que  "L'un des personnages de mon film est un anthropologue palestinien (Sharif Kanaana) qui collectionne les blagues politiques palestiniennes depuis le début de la première Intifada. Il est intéressant de constater qu'il a recueilli plus de 2000 blagues et qu'il affirme qu'il y a de nombreuses blagues sur les soldats israéliens et les checkpoints, mais aucune sur les Juifs."

"Je n'ai absolument pas vu dans les Palestiniens, un peuple de guerriers mais plutot des gens complètement épuisés, qui veulent simplement pouvoir se déplacer normalement pour vivre, travailler... " ajoute-t-elle, précisant n'avoir "rencontré personne qui souhaitait jeter les Juifs à la mer, mais seulement des gens qui veulent pouvoir vivre en paix.". Et concluant avec pessimisme que  "Sillonnant la Cisjordanie pour mes blagues, j'ai été frappée du nombre de colonies existantes. Leur présence empêche, me semble-t-il, tout espoir de voir un jour un Etat palestinien à coté d'Israël.".


A l'image de cette blague, emblématique de la situation : Trois chefs d’Etat meurent et vont au ciel, le premier, Bush, demande à Dieu « Mais alors, quand les USA seront le pays le plus puissant du monde ? » Dieu répond « Ça ne sera pas de ton vivant », Bush se met à pleurer, le deuxième, Saddam Hussein demande « Quand est-ce que l’Irak contrôlera le pétrole du monde entier ? », Dieu lui répond « Ça ne sera pas de ton vivant », Hussein pleure à son tour, et puis Yasser Arafat arrive et demande « Quand est-ce qu’on aura un Etat palestinien ? », Dieu se met alors à pleurer et dit « Ça ne sera pas de mon vivant »…

La bande annonce de "Blagues à part" : 

lundi 18 octobre 2010

L'Homme qui valait 20 milliards


"The Social Network", film de David Fincher qui raconte la naissance épique du réseau social Facebook, risque fort de truster la 1ère place du box-office français, comme il l'a fait aux Etats-Unis lors de sa sortie. Un succès amplement mérité pour ce long-métrage passionnant, qui tient le spectateur en haleine pendant 2 heures alors que la quasi-totalité de l'action est basée sur des... dialogues !


Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, y est incarné par un génial Jesse Eisenberg ("Les Berkman se séparent", "Adventureland", et que l'on verra bientôt en juif orthodoxe de Brooklyn trafiquant de drogues dans "Holy Rollers") au visage d'adolescent à la fois poupin et d'une rudesse terrible. Réjouissant dans son rôle de nerd, étudiant génial de Harvard, asocial, frustré et profondément antipathique, qui après une rupture amoureuse, décide de pirater le réseau informatique de sa faculté pour créer un site de notations d'étudiantes, à partir d'un algorithme créé par son meilleur ami, Eduardo Saverin (interprété par Andrew Garfield).  

Zuckerberg créera dans la foulée le fameux réseau social initialement baptisé "The Facebook", en s'inspirant (selon la thèse du film, basée sur le livre controversé de Ben Mezrich, "La Revanche d'un solitaire", qui reprend les témoignages des "cocus" de l''histoire) d'un site que lui proposent de développer deux frères jumeaux étudiants d'Harvard, les Winkelvoss, archétypes des wasp blonds, sportifs et richissimes (joués avec délectation par le même acteur, Armie Hammer).

Formidable manipulateur, Eisenberg/Zuckerberg devient au fil de l'histoire un monstre de mégalomanie à l'insolence hilarante, écrasant au passage tous ceux qui pourraient gêner son ascension, comme il le fait avec Sean Parker, le créateur du site de peer-to-peer musical Napster (incarné par un excellent Justin Timberlake), dont il se débarrasse après que ce dernier lui ait ouvert les portes d'investisseurs californiens.

Ne vous attendez pas à voir un film sur Facebook, qui n'est finalement que le prétexte, l'élément à suspense du film, mais une histoire sur les jeux de pouvoir et les codes, non pas informatiques, mais sociaux, qui régissent les campus américains huppés où l'on rêve d'être accepté dans les clubs étudiants les plus fermés, lorsque l'on est d'origine juive ou latino. "The Social Network" est aussi un extraordinaire portrait d'antihéros, un "sans-amis" comme disent les collégiens, qui devient le plus jeune milliardaire au monde en créant un nouveau mode de relation sociale, consistant à scotcher les gens à leur écran d'ordinateur...


Si le montage percutant des scènes réalisées par David Fincher (metteur en scène de "L'Etrange histoire de Benjamin Button") donne au film un rythme parfait, la construction remarquable du scénario et les dialogues brillants écrits par Aaron Sorkin, créateur de la série "A La Maison Blanche", sont pour beaucoup dans la réussite du film. Ajoutez-y une excellente bande originale, signée Trent Reznor (Nine Inch Nails), un casting impeccable, et tous les ingrédients sont réunis pour faire de "The Social Network" le film à ne pas manquer !

vendredi 1 octobre 2010

Bye Bye Tony...


Des bas-fonds du Bronx aux sunlights d'Hollywood, le parcours de Tony Curtis, décédé hier à l'âge de 85 ans, aura été une incroyable success story, celle d'un petit délinquant juif devenu l'une des plus belles "gueules" de l'âge d'or du cinéma américain. Mais "L'homme aux plus de 1000 conquêtes", parmi lesquelles Marylin, qui disait avec son humour ravageur «De toutes mes partenaires féminines, la seule avec qui je n'ai pas couché, c'est Jack Lemmon», fut surtout un étonnant acteur protéiforme, devenu le travesti le plus célèbre de l'histoire du 7ème Art.


Né le 3 juin 1925, Bernard Schwartz est issu d'une famille juive hongroise immigrée à New-York après la première guerre mondiale. Son père, Manny, acteur à Budapest, n'arrivera jamais à perdre son fort accent d'Europe de l'Est, ce qui l'empêchera de percer aux Etats-Unis, et exercera le métier de tailleur. Dire que le jeune Bernard vit une enfance difficile est un doux euphémisme. Dickens n'est pas loin. Helen, sa mère, traumatisée par une vie de petite fille misérable, faisant des ménages dès l'âge de 6 ans, souffre de schizophrénie et le bat sans relâche. La famille ne survit, dans ce quartier populaire du Bronx ravagé par la crise économique, que grâce à la solidarité de la communauté juive hongroise.

Bernard est l'aîné de deux frères. L'un, Robert, souffrant comme sa mère de schizophrénie, est placé en institution psychiatrique, le second, Julius, qui avait trois ans de moins que lui, meurt écrasé par un camion à l'âge de 13 ans. La perte de son petit frère et meilleur ami restera le drame de sa vie. "Je pense à lui tous les jours" avouera-t-il jusqu'au dernier moment. Adolescent, il traîne dans les rues, joue des poings et finit dans un centre de redressement. Il y découvre le théâtre et le cinéma et décide d'en faire son métier.


En 1942, âgé de 16 ans, il rejoint l'US Navy et est affecté sur le croiseur USS Proteus. Il sera blessé dans le Pacifique, lors de la terrible bataille pour la reconquête de l'île de Guam, puis démobilisé après la capitulation japonaise. Ancien combattant, on lui octroie une bourse qui lui permet de s'inscrire dans un cours d'art dramatique à New York. Un agent d'Universal Pictures va le repérer dans une pièce, Golden Boy, et lui fait signer un contrat de sept ans. On est en 1948, Hollywood lui ouvre ses portes, il a 23 ans.

L'antisémitisme, Bernie Schwartz connaît. L'Amérique des années 30 et 40 l'est largement, et il en a souffert dans sa jeunesse. Dès le début de sa carrière, il doit changer de nom car, comme il le racontera dans une interview au journal Le Monde, "Toute ma vie, je me suis fait traiter de sale juif, dans la rue et même sur les plateaux de cinéma... j'ai du mal à comprendre". Il prend alors le nom de Anthony Curtis, anglicisation du nom hongrois Kertész, puis devient définitivement Tony Curtis.

Après quelques films de série B où sa plastique fait des ravages auprès du public féminin, il obtient son premier grand rôle en 1950 dans "Winchester 73" d'Anthony Mann, aux côtés de James Stewart. Mais c'est en 1956, avec "Trapèze", en compagnie de Burt Lancaster, que la notoriété de l'acteur grandit. L'un de ses plus beaux rôles suivra un an plus tard, dans "Le Grand Chantage", satire impitoyable du monde de la presse où il interprète un attaché de presse véreux et ambitieux, confronté à un éditorialiste sadique, superbement joué par Burt Lancaster. Film d'une absolue noirceur, "Le Grand Chantage" révèle l'une des facettes les plus intéressantes du jeu ambigu de Tony Curtis.


Suivront d'immenses succès publics, comme la superproduction "Les Vikings", de Richard Fleisher, tourné en 1958 avec sa première épouse Janet Leigh (et mère de sa fille, l'actrice Jamie Lee Curtis) et Kirk Douglas dans le rôle principal. La même année, il est nommé pour l'Oscar du meilleur acteur, pour son rôle dans "La Chaîne" de Stanley Kramer, où il donne la réplique à Sidney Poitier, interprétant un évadé de prison raciste. Puis vient "Spartacus", toujours avec Kirk Douglas, et le mythique "Certains l'aiment chaud" de Billy Wilder, avec Marylin Monroe et Jack Lemmon, considéré par l'American Film Institute (et, à juste titre, par la plupart des cinéphiles) comme la meilleure comédie de tous les temps.


Dépressions, drogue, alcoolisme, divorces à répétition, seront le lot des années suivantes, entrecoupées de films dispensables, hormis celui qu'il considérait comme son préféré, "L'Etrangleur de Boston", de Richard Fleisher. Un rôle de schizophrène. Pour les enfants des 70's, il restera à jamais Danny Wilde, le comparse de Roger Moore dans la série culte "Amicalement Vôtre". Un rôle de businessman américain sorti des bas-fonds de New-York, sexy, dragueur et bourré d'humour, qui lui va comme un gant. La fin de sa vie, hormis quelques rares apparitions au cinéma, sera consacrée à la peinture et au dessin. "Je ne suis pas prêt à me ranger comme un vieux monsieur juif, assis sur un banc, appuyé sur une canne. J'ai des tonnes de choses à faire", disait-il à l'âge de 60 ans. Bernard Schwartz, le petit gamin juif du Bronx, a eu une vie bien remplie.


Une série de bandes-annonces inédites et improvisées par Tony Curtis et Roger Moore pour la promo de la série "Amicalement Vôtre", à voir absolument !



Et le passionnant et très drôle livre de Tony Curtis "Certains l'aiment chaud et Marylin" (Le Serpent à Plumes), à commander sur Amazon.com (21, 85€)

vendredi 4 juin 2010

Dieudonné : "La culture juive domine la scène française" !

Une nouvelle étonnante pour tous ceux qui ne l'auraient pas encore remarqué : "La culture juive domine la scène française" ! Cette annonce lapidaire, qui, pour son auteur, est loin d'être réjouissante, n'a pas été faite par Radio-Paris ou Je Suis Partout en 1941, mais par Dieudonné le 3 juin 2010, lors d'une conférence de presse relatée par le quotidien algérien Liberté, à l'occasion de la représentation à Alger de son dernier spectacle.

Cerise sur le gâteau, on apprend aussi que "Cette nouvelle culture française, bourgeoise et sioniste n’émet aucun message". Contrairement à celui de Dieudonné, de plus en plus en verve : "créer un front antisioniste dans les pays arabes contre la propagande israélo-américaine". Objectif relativement aisé à atteindre, un peu comme enfoncer une cuillière dans un bol de purée Mousseline.

Ces tournées en Algérie, en Syrie et au Liban, et son récent voyage en Iran, ont aussi pour but de réunir des financements pour deux projets cinématographiques, à côté desquels les films de Leni Riefenstahl ou encore Le Juif Süss devraient ressembler à une pâle mouture de "On se calme et on boit frais à Saint-Tropez". Outre un premier projet depuis longtemps déjà dans les cartons de Dieudonné, "Le Code Noir" (aucun rapport avec le Da Vinci Code, le "Code Noir" était un ensemble de textes régissant la vie des esclaves noirs dans les îles françaises), nous attendons avec impatience sa vision cinématographique de l'histoire de la colonisation et de la décolonisation algérienne, dont le titre est tout un programme : "Le Décret Crémieux".  

Et en cas de succès d'audience sur les écrans iraniens et syriens, gageons que notre Max Pecas antisém... euh, pardon, antisioniste, s'attaquera avec ardeur à d'autres sujets "à message". Jewpop a un paquet d'idées de scénarii à lui suggérer.

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