vendredi 29 janvier 2010

Nir Hod, Pop Art et érotisme à l'israélienne

Né en 1970, l'artiste israélien Nir Hod a déjà vu ses oeuvres exposées au Tel Aviv Museum of Art et dans de nombreuses galeries, de Berlin à New York. 

Ses visions d'une sexualité liée au fantasme de l'uniforme, associées à des personnages souvent androgynes, ont fait un temps scandale en Israël. 


Brisant le tabou du soldat de Tsahal emblématique d'un certain machisme israélien, Nir Hod bouleverse les codes de la société israélienne avec ses grands formats inspirés des hyperréalistes et du mouvement Pop Art, dans lesquels il se met souvent en scène (comme dans la toile ci-dessous, pièce centrale d'un tryptique consacré à la femme en uniforme). 


S'il abuse parfois de kitscheries à la façon du duo Pierre et Gilles, il n'en reste pas moins l'un des jeunes peintres israéliens les plus étonnants. On peut le découvrir à la galerie Alon Segev à Tel Aviv (Golda Center, 23 Shaul Hamelech Blvd).




jeudi 28 janvier 2010

Ce mp3 est-il casher ?

Comment être un "bon juif" et fan des Bee Gees ? Le hip hop est-il casher ? A ces questions profondément existentielles, le rabbin haredi (ndlr : ultra-orthodoxe) Efraim Luft (photo), qui dirige à Bnei Brak la "Commission pour la musique juive", a répondu en édictant une charte de la musique casher ! Sont donc proscrits, selon les "recommandations pour jouer de la musique casher" : "l'utilisation du swing, tant dans le chant que dans l'instrumentation", les instruments tels que guitares et basses électriques ainsi que le... saxophone (!), ou encore les genres disco, rock, reggae, rap, pop et tout rythme basé sur des mesures à 2 et 4 temps (quid des mesures en 6/8 ? :-) Il ne reste plus qu'à attendre avec une impatience non dissimulée les albums labellisés "Kosher Haredim Music"...

Si toutefois vous n'êtes pas sensibles aux effets dépravateurs des musiques impures, nous vous proposons de découvrir un extraordinaire artiste originaire de Tel Aviv, Idan K.  Percussionniste et DJ, il marie à merveille afro-beat, funk et musiques latines, créant un son futuriste nourri de traditions orientales. Idan K. a notamment collaboré avec le célèbre griot guinéen Mory Kante et s'est entouré, pour son nouvel EP Change is now (JDub Records), de pointures de la scène israélienne tels que DJ Sabbo et Axum. Pour le découvrir,  un mp3 à télécharger (légalement :-) ici :


Son EP (5 titres) disponible en téléchargement payant :

Et un petit goût d'afro-beat from Tel Aviv !


mercredi 27 janvier 2010

Les mamies tricoteuses ont la laine fraîche !


Si vous avez la chance d’avoir une grand-mère qui tricote, cet article ne vous concerne pas. Mais si vous aimez les bonnets et écharpes faits mains, et n’êtes pas doués pour le tricot, Golden Hook est pour vous !

Jérémy Emsellem, jeune créateur de ce site web et tricoteur averti, a eu la jolie idée d’allier mode et lien social. D’abord, choisissez votre mamie tricoteuse, parmi Sarah, 85 ans, fan de la Roue de la fortune, Simone adepte des rugbymen du Stade de France ou encore Lydia, qui tricote depuis ses 13 ans. Puis créez votre modèle en choisissant la forme, la matière (laine, alpaga, cachemire ou angora) et la couleur, que ces expertes de l’aiguille tricoteront avec passion ! Grâce à ces bonnets et écharpes, les grands-mères rémunérées à la pièce peuvent ainsi compléter leurs revenus. Et pour parfaire le lien avec votre tricoteuse, envoyez-lui un petit mot pour la remercier, elle sera ravie !

Les prix :  de 40 € à 198 €, selon la matière.

Arielle Granat

mardi 26 janvier 2010

Y a-t-il un rabbin dans l'avion ?


Le dernier film des frères Coen s'inspire de leur enfance au sein d'une communauté traditionaliste des années 60, située dans une petite ville du Middle West. En préambule, Joel et Ethan Coen nous transportent au coeur d'un shtetl, où trois personnages, dans un yiddish parfait, rejouent Le dibbouk, version "Big Lebowski".

Passé ce délirant prologue, place à Larry Gopnik, personnage central du film. Ce professeur de mathématiques voit en quelques jours son univers bien tranquille partir en vrille. Entre sa femme qui décide de le quitter pour un veuf aux faux airs de Francis Coppola adipeux, un étudiant qui le fait chanter pour obtenir une meilleure note à son partiel, son frère mathématicien de génie à la santé déficiente, qui squatte le salon familial, et ses deux ados dans toute la splendeur de leur âge, Larry en arrive à implorer les rabbins de sa communauté de l'éclairer sur son sort ! Pourquoi tout cela doit-il tomber sur lui, "a serious man", un mensch ?

La suite du film oscille entre scènes burlesques et pathétiques, portées par une galerie de seconds rôles mémorables. Malgré la morale désenchantée de l'histoire, les extraordinaires traits d'humour juif qui tissent la trame du film prennent toujours le dessus. "A serious man"est sans aucun doute le film le plus abouti d'Ethan et Joel Coen, une brillante réflexion existentielle sur le sens de la vie. Leurs fans vont adorer, et plus encore ceux amateurs de Jimmy Hendrix et Jefferson Airplane !

La bande annonce du film (vo non sous-titrée)

dimanche 24 janvier 2010

Le premier "Israeli keffieh" !


Un keffieh aux couleurs d'Israël comportant des motifs de Magen David, encadrés par l'inscription "Am Israel Chai", voilà la surprenante initiative du designer de la marque américaine de jewish t-shirts Dveykus.

Marqué par le grand nombre de personnes arborant, comme un acte militant, des keffieh dans les rues de New York (même si cet accessoire est devenu récemment très tendance, sous de multiples déclinaisons de couleurs et de matières), le créateur de Dveykus souhaitait, en réaction, créer un "israeli keffieh" ! Une initiative qui réjouira toutes celles et ceux qui apprécient le look du foulard traditionnel bédouin sans pour autant vouloir passer pour des nostalgiques d'Arafat, des fans du Hamas ou de Cheikh Nasrallah ! Et un accessoire plutôt "trendy" pour affirmer son soutien à Israël.

Acheter l'"Israeli keffieh" sur thekef.com (17, 71€ port compris)

vendredi 22 janvier 2010

Quand Ary rencontre sa folie


Le one-man-show d'Ary Abbitan, "A la folie", cartonne depuis quelques mois au Petit Palais des Glaces. Lorsque nous avons vu le spectacle la semaine dernière, la présence de son producteur (un certain Gad Elmaleh...), accompagné de sa soeur Judith (co-auteur et metteur en scène du show) a fait monter d'un cran une ambiance déjà électrique, face à un public conquis d'avance !

Ary Abbitan possède ce don de provoquer le rire au travers de personnages déjantés, à l'opposé de son physique de beau gosse. Certains de ses sketches n'ont rien à envier à ceux de Valérie Lemercier (l'enterrement de Josyane, commenté par son "amie" Odette) ou d'Elie Semoun (l'hystérie progressive de l'hypocondriaque consultant son médecin). Mais c'est tout particulièrement dans ses délirants personnages "méditerranéens" qu'Ary Abittan excelle. Sans visiblement maîtriser un seul mot d'arabe, de turc ou d'espagnol, il se métamorphose et s'approprie, à la façon d'un Jerry Lewis, des figures telles qu'un animateur d'émission culinaire de la tv turque, un langoureux chanteur de variété égyptienne ou encore le présentateur d'un JT arabe. On sent qu'Ary Abittan a du passer de longs moments à se bidonner devant certaines chaînes du câble, le résultat est tordant et phénoménal ! A voir dans une salle intime, avant qu'il ne soit propulsé sur de plus grandes scènes !

Ary Abittan, "A la folie", au Petit Palais des Glaces, 37 rue du faubourg du Temple, 75010 Paris, jusqu'au 27 mars, tous les mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 21h30. Réservation : 01 48 03 11 36, 18 € (plein tarif) - 14 € (chômeur/étudiant du mardi au vendredi).

mercredi 20 janvier 2010

Gainsbourg + Schmoolik = Gainsbarbu !


RCJ (Radio Communauté Juive) diffusa pour la 1ère fois en 2002 "Le Sable et le soldat", chanson de Gainsbourg jusqu'alors inédite en France et écrite en pleine Guerre des Six Jours, à la demande du conseiller culturel de l'ambassade d'Israël. Enfouie depuis dans les archives de la radio Kol Israël, cette courte chanson (1'40") révéla au grand public une facette alors peu médiatisée de la personnalité de l'artiste.

Celui qui chantera plus tard "J'ai gagné la Yellow Star, j'ai porté la Yellow Star" dans l'album "Rock Around the Bunker" (1975), y affichait des convictions qui, depuis, hérissent le poil des antisionistes de tous bords (la lecture de certains forums traitant du sujet est éloquente...). Si, d'un strict point de vue artistique, on peut largement lui préférer la "Ballade de Melody Nelson" ou autre javanaise, on ne sera pas surpris d'en découvrir une nouvelle mouture, "Les Enfants d'Israël", qui aurait sûrement fait marrer son iconoclaste créateur.

Le hip hop restant un champ d'expression idéal pour toute manifestation artistique, politique et religieuse, place au "1st French Chassidic Hip Hop Artist", originaire de Sarcelles, passé par Manhattan et aujourd'hui basé à Jerusalem, j'ai nommé l'inéffable et excellent Schmoolik !

En premier lieu, voici la version originale du titre "Le Sable et le soldat", chantée par Gainsbourg :


Et le clip de Schmoolik "Les Enfants d'Israël" :

mardi 19 janvier 2010

John Safran invente le "jalestinien" !


John Safran, ex-écolier d'une Yeshiva (école juive orthodoxe), ex-rappeur, journaliste-auteur-comédien-réalisateur de son état, fait scandale depuis quelques années sur les tv australiennes (il est originaire de Melbourne) et américaines, avec ses "vrai-faux documentaires" dans lesquels il ridiculise particulièrement tous les obscurantismes religieux. Sa dernière saillie : résoudre le conflit israélo-palestinien en impulsant une nouvelle ère, basée sur le mélange des gènes, afin de créer un être qu'il nomme le "jalestinien". Pour cela, direction la banque du sperme de l'hôpital Hadassah de Jérusalem, puis un organisme identique côté palestinien. Ames sensibles s'abstenir, amateurs d'humour juif, épicé comme le safran, régalez-vous !




dimanche 17 janvier 2010

Abraham, par Michel Jonasz : une pièce d'une merveilleuse subtilité.


Michel Jonasz est Abraham, son grand-père mort dans les camps. Seul sur scène, il envahit  tout l’espace de sa présence imposante et incarne de façon émouvante cet homme sympathique et bon qu’il n’a pas connu, mais dont il va retracer des bribes de vie. La pièce démarre lorsqu’Abraham sait qu’il va mourir. Il comprend ce qui l’attend quand il pénètre le lieu où les déportés doivent se déshabiller pour les « douches », et pendant les quelques moments le séparant de la mort, va se remémorer sa vie. Juif polonais, il quitte à vingt ans ce pays « le plus triste du monde » pour la Hongrie, où il devient hazan (cantor) de la synagogue d’un charmant village de Hongrie, dont il tient aussi l’épicerie.

Jonasz nous fait vivre de façon intense, avec l’accent yiddish, sa rencontre et sa vie avec Rosele, sa femme bien-aimée, le bonheur familial avec ses sept enfants et les discussions incessantes, proches du pilpoul, avec son meilleur ami Yankel, naïf et susceptible. Face à lui, Abraham est malicieux, heureux de la vie qu’il mène, même s’il a des rêves de voyages. Mais en homme bon et posé, il sait se contenter de « petits bonheurs », comme celui de se moquer de son ami où de faire rougir la jolie Myriam. Avec comme seul décor un banc en bois, Michel Jonasz réussit l’exploit de nous faire « voir » et sentir le village d’Abraham, ses commerçants, son épicerie, ses enfants, la synagogue et Rosele. Merveilleux acteur, il reste aussi ce chanteur inimitable, qui met aujourd’hui sa voix de soulman juif au service d’un répertoire qu’il a créé spécialement pour la pièce. Enregistrées à Budapest, les chansons aux orchestrations tziganes qu’il interprète, sont tour à tour tendres, drôles, toujours empreintes de ces mélodies nostalgiques qui sont la marque du Jonasz des « vacances au bord de la mer ». 

Selon lui, ce spectacle n’est pas universel, puisqu’il s’agit avant tout de l’histoire de sa famille. En ce sens, il a raison, et pourtant, même si chaque histoire est unique, en 1h20 tout est dit. Un monde simple, où le bonheur, la religion, l’amour des siens, rendaient heureux malgré la pauvreté. Et ce monde-là, à tout jamais englouti, ressurgit devant nous par la grâce de Jonasz. Une magnifique pièce, très joliment écrite, où malgré l’horreur qui nous étreint, on rit beaucoup, car l’humour juif reste le plus fort.

Arielle Granat

Au Théâtre de la Gaîté-Montparnasse, 26 rue de la Gaîté, 75014 Paris,  tous les dimanche (15h) et lundi (20h), jusqu’à fin mars

vendredi 15 janvier 2010

"Lebanon" : un choc visuel, un choc émotionnel.



Jean-Marc Bakouch a vu en avant-première le film de Samuel Moaz.

Encore un film israélien sur la guerre, après « Kippour » d’Amos Gitaï, « Beaufort » de Joseph Cedar et « Valse avec Bachir » d’Ari Folman. Y a-t-il encore quelque chose à dire ? La réponse est oui et Samuel Moaz, le réalisateur, le démontre de fort belle manière. Auréolé par un Lion d’Or à la 66ème Mostra de Venise, le film sort en France le 3 février et bénéficie du soutien massif du réseau des salles UGC, ce qui est assez rare pour un film d’auteur de ce type. C’est un choc esthétique dès les premières secondes : un champs de tournesol, puis un tank qui avance, à l’intérieur duquel se retrouvent quatre jeunes soldats de 20 ans confrontés pour la première fois à une situation de guerre. On est en 1982, au Liban.

La force du film réside dans le parti pris artistique du réalisateur : « donner à voir » la guerre du point de vue d’un viseur de tank, et ce pendant 90 mn sans ennuyer le spectateur. Ce dernier entre alors en immersion, une véritable apnée rythmée par une bande son très texturée et métallique. Le résultat est sidérant, l’émotion décuplée devant l’horreur et le non-sens de la guerre. Point de surenchère hollywoodienne ici : un traitement brut mais graphique qui fait de ce film d’une expérience sensorielle inédite !

La fiche du film sur commeaucinema.com

La bande annonce de "Lebanon" (en vo non sous-titrée)

  © Blogger templates Brooklyn by Ourblogtemplates.com 2008

Back to TOP